L’ouverture du capital de la Poste et de son changement de statut pour devenir la Poste SA ne serait pas une privatisation ? Il est exact que les directives postales européennes n’imposent pas
aux Etats, et en l’occurrence au gouvernement français, à changer le statut public de La Poste et à la privatiser. Il n’y a donc aucune contrainte juridique externe qui oblige la France à le
faire. C’est donc bien une vision purement idéologique que le gouvernement, l’UMP, et le Medef veulent imposer.
Rappelons ce qui s’est passé pour France Télécom
En 1996, l’opérateur public est transformé en société anonyme, en vue d’une ouverture du capital, réalisée en 1997. L’Etat devait rester majoritaire mais huit ans
après le changement de statut, l’Etat ne détient plus aujourd’hui que 27% du capital de France Télécom qui est devenue un modèle désastreux de la gestion privée avec, à la clef, des milliers de
suppressions d’emplois, des pressions sur les salariés avec les drames que nous apprenons périodiquement. L’argument développé selon lequel les missions de service universel confiées à La Poste
garantissent la participation majoritaire de l’Etat est une contre vérité. Qu’est-ce qui empêcherait l’Etat d’être minoritaire dans le capital ? La loi de régulation postale du 20 mai 2005, si
elle confie à La Poste le service universel, n’impose en rien à l’Etat de détenir, en majorité, le capital.
Dans les pays où les services postaux sont déjà libéralisés, le service public s’est profondément dégradé, quand il ne s’est pas effondré en termes de réseau,
d’emplois, de qualité de service ou de démocratie dans la gestion. Bien loin de déboucher sur les progrès annoncés par ses défenseurs, l’ouverture à la concurrence et les privatisations ont en
effet conduit les opérateurs postaux à orienter leurs choix d’investissement et de tarification en fonction des objectifs de rentabilité financière et de conquête de parts de marché au détriment
des missions de service public.
300 000 emplois détruits
La privatisation menace directement la qualité et la pérennité de l’emploi de millions de postiers et des
industries dépendantes à travers l’Europe. Le gouvernement et l’UMP nous disent que le changement de statut n’impacte en rien le niveau de l’emploi ! Depuis le début du processus de libéralisation, on ne compte plus les suppressions d’emploi, l’instauration de la flexibilité avec l’intérim, le temps partiel imposé, la
sous-traitance avec un statut de « travailleur à la demande » ou encore le travail des enfants comme en
Allemagne récemment.
Les chiffres sont éloquents, il ne faut pas chercher bien loin pour constater que l’un des plus grands plans sociaux européens est à l’œuvre depuis 1990. Tous
opérateurs confondus, plus de 300 000 emplois ont été détruits en quinze ans. C’est en effet partout la baisse programmée des effectifs avec des emplois de droit privé en remplacement d’emplois
de fonctionnaire. Désormais en Europe, les opérateurs du secteur postal se voient même pousser des ailes, comme TNT Post, filiale de la poste hollandaise, qui embauche en Allemagne des jeunes de
13 ans afin de distribuer des catalogues et des prospectus avec une rémunération comprise entre dix et quinze euros pour une durée de trois heures. Pour seule garantie, les dirigeants de TNT
assurent « qu’ils ne feront travailler les enfants de 13 ans que s’ils ont une autorisation parentale » !
Il est utile de rappeler « qu’observateurs et économistes » érigent la poste
néerlandaise souvent en modèle... Rappelons encore, que toutes les entreprises publiques françaises qui ont changé de statut ont vu leurs effectifs fondre sans qu’un solde positif d’emploi soit
établi avec l’apparition de nouveaux opérateurs.
Chez nos voisins
Les missions de services publics aux usagers et l’aménagement du territoire sera préservée ? Justement regardons ce qui s’est passé chez nos voisins en Europe
?
-La Suède est le premier Etat membre de l’Union européenne à avoir
totalement libéralisé son marché depuis 1993. Cette libéralisation s’est traduite par la fermeture de 1 800 bureaux de poste sur 2 200. La Poste dans ce pays n’existant désormais qu’au travers de
points de contacts installés dans des supérettes ou des stations service, faisant de la Suède un véritable désert postal avec un prix du timbre qui a véritablement flambé. Il est à noter que sur
les tarifs, les baisses de prix dans ce pays ont bénéficié uniquement aux grandes entreprises (50% de réduction depuis 1998) aux dépens des consommateurs particuliers et des PME (+ 30 à
50%).
- L'Allemagne envisage également la fermeture de 5 000 bureaux
suite à l’ouverture complète à la concurrence sur les 13 000 actuels.
- Au Royaume-Uni, le nombre de bureaux de poste était de 20 600 en
1990 et a été réduit à 11 700 en 2008. Aujourd’hui, au mépris de toutes les leçons de l’expérience dans ces pays européens, le gouvernement français et l’UMP voudraient poursuivre la
privatisation totale de la Poste et n’hésitent pas à pratiquer une véritable stratégie de coup de force. Le contrat de plan entre l’Etat et La Poste, pourtant toujours inscrit dans la loi, est
remplacé par un contrat de « service public ». Ce contrat n’apporte pas de réponses aux besoins nouveaux de la
population. Il ne présente aucune garantie pour maintenir et développer les activités et les missions de service public postal, assurer un financement durable. Il confirme le désengagement de
l’Etat.
Des Français attachés au service public
Pourtant le service public postal est déjà l’objet de remises en cause très importantes qui ont abouti à une détérioration du service rendu à la collectivité. Plus
de 6 100 bureaux de poste sur 17 000 ont déjà été transformés en « partenariats ». Ceci se traduisant par un accroissement des tournées de facteurs à découvert, des horaires de levées avancés,
des files d’attente qui s’allongent.
C’est pourquoi des questions se posent pour les collectivités dont nous avons la charge, parmi lesquelles celles de savoir s’il y aura des incidences sur le
maillage territorial, et si des fermetures ou transformations de bureaux de poste risquent de se produire. La réponse est oui, et déjà sur le département des Deux-Sèvres, 25 bureaux de poste ont
été transformés en agence postale communale. Profondément attachés aux services publics, les Français désapprouvent l’acharnement du gouvernement à vouloir remettre en cause l’avenir du service
public postal dans notre pays. Si, en moyenne, 3 Français sur 4 expriment leur attachement aux grands services publics, des communications à l’énergie en passant par les transports collectifs,
c’est qu’ils en apprécient le service rendu et l’égalité de traitement des usagers.
Amplifions la mobilisation !
De mon point de vue, seul un service public des activités postales permet l’accès à toute la population sur l’ensemble du territoire à tous les produits, services,
contenus et moyens de communication, (y compris les plus modernes) à un prix abordable tout en respectant la péréquation tarifaire avec une véritable qualité de service rendu. La Poste,
entreprise de réseau, doit disposer de structures permettant une égalité d’accès et de traitement pour tous les citoyens et toutes les entreprises. La Poste doit participer à l’aménagement du
territoire et au développement économique et social en s’appuyant sur son réseau, son personnel, ses originalités et en développant des partenariats avec des opérateurs publics pour le
développement durable d’activités de Service public.
J’invite à amplifier la mobilisation contre la privatisation de la Poste et appellent les Niortais et les Niortaises a participer massivement à la consultation
nationale de la population organisée le samedi 3 octobre 2009 à l’initiative du Comité National contre la privatisation de La Poste pour l’ouverture d’un débat public et pour un référendum sur le
service public postal.
Car une autre voie est possible …
Frédéric Giraud, président de la Commission départementale Présence postale territoriale, le 2 octobre 2009
Quelques chiffres...
France : 25 000 emplois depuis 2001 et prévision d'une réduction de 60 000 emplois d'ici 2010 sur les 300 000
postiers actuels.
Belgique : 7 000 emplois entre 1998 et 2005.
Allemagne : 150 000 emplois depuis la réforme de 1990 jusqu'en 2002, des emplois qui n'ont pas
été compensés par des créations d'emplois par les nouveaux opérateurs ; de plus, la majorité (2/3) des nouveaux emplois créés par ces nouveaux opérateurs sont très précaires ("mini-jobs") et
payés moins de 400 € par mois ce qui a amené les syndicats allemands à exiger un salaire minimum. Enfin, Deutsche Post vient de décider de se retirer du marché des livraisons express sur le
marché aérien avec à la clé la disparition de 9.500 emplois.
Norvège : - 9 000 entre 2001 et 2005.
Hollande : prévision de – 13 000 emplois d’ici 2011.
Grande-Bretagne : - 30 000 jusqu’en 2010.
Suède : le niveau d'emploi chez Posten AB a baissé de 57 400 en 1990 à 33 520 en 2005 (non
compensé par les nouveaux opérateurs: City Mail n'a embauché que 1 062 salariés en 2005).