Jeudi 12 février 2009
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L’entrée en scène des PPP
Le partenariat a fait une entrée remarquée dans notre vocabulaire courant notamment avec l’ordonnance de Jean-Pierre Raffarin en 2004 sur les Partenariats Public Privés. Nous voilà ramené de
plein fouet dans la douloureuse problématique du financement de la culture puisqu’il est question ici de transférer à une personne privée la conception, la
construction, la maintenance et l’exploitation d’un ouvrage. La rémunération de la personne privée est assurée par un « loyer » payé par la personne publique
sur une durée plus ou moins longue : à l’issue du contrat, l’ouvrage est transféré à la personne publique. Aujourd’hui, Christine Lagarde met tout en œuvre pour que les PPP cessent « d’être un
outil d’exception, et trouver pleinement leur place dans la commande publique. » Selon ses thuriféraires, le PPP n’est ni plus, ni moins qu’ « une méthode
pour une transformation en profondeur de la commande publique et du secteur public dans son ensemble, dont la diffusion pourrait modeler une administration
publique moderne en tant que partenaire actif d'un développement durable » (1). Passons sur cet autre mot essoré qu’est le développement durable et allons à l’essentiel, le PPP, comme clé de
la réforme de l’action publique.
Une disqualification de l'action publique
Sur le site du ministère de la Culture, on peut lire un article
de Lynne Brindley consacré à la British Library qui résume assez bien l’approche gouvernementale :
- Primo, « les partenariats peuvent fournir à un organisme public des financements non disponibles autrement » (2) ; la porte d’entrée, c’est le financement.
- Deusio, « travailler avec le secteur privé permet également d’utiliser des ressources qui ne seraient autrement pas disponibles aisément » (3), l’opérationnel domine.
- Tertio, « des deux côtés, un ajustement culturel s’impose pour travailler ensemble et respecter les souhaits réciproques » (4) ; l’idéologie néolibérale est dissimulée derrière
le doux euphémisme « d’ajustement culturel».
- Quatro, « les consommateurs des deux secteurs peuvent en tirer profit. Si leurs clients sont satisfaits (…) tous deux ont beaucoup à gagner» (5) ; au final, l’ambition
culturelle, s’il y en avait une, s’est dissoute dans l’impératif marchand.
Il ne faut donc pas se laisser abuser par la rhétorique techniciste des PPP. En fait, derrière cette « version pacifiée » d’une soit disante modernisation de l’action publique ; il y a surtout
une stratégie générale de disqualification de celle-ci. Même si la Cour des comptes, par la voix de Philippe Seguin, a eu raison d’épingler ces « usines à
gaz » dont le coût réel pour les citoyens est au final plus élevé, elle est passée à côté de l’essentiel à savoir que le mythe du « gagnant gagnant » n’est qu’un rideau de fumée censé dissimuler l’effacement de la notion de politique culturelle au profit de la culture du laisser-faire.
Une logique d'Etat
Selon Jean-Jacques Aillagon, l’implosion récente du PPP signé par le Château de
Versailles avec la société Unilog (6) (aujourd’hui Logica) est la conséquences « des nombreuses défaillances de notre partenaire » (7). Une telle énormité dans la bouche d’un ancien ministre de la Culture pourrait faire sourire si ce ministère dont il souhaite la disparition n’était pas l’artisan de sa propre disqualification. Peut-on
sincèrement reprocher à cette société privée d’avoir privilégié son chiffre d'affaires sur la qualité du service ? Non. Ce qui doit nous interroger, une fois
encore, c’est la logique générale d’un Etat qui après avoir regardé passer les trains fait mine de découvrir l’étroitesse du quai.
Après tout, pas besoin d’être grand clerc pour anticiper l’impact de la révolution numérique dans les années 80 et 90 ; surtout lorsque le propre plan de carrière de M. Aillagon passait par la
case « Pompidou ». En renonçant à envisager politiquement et culturellement les nouvelles technologies, le ministère de la culture se condamnait à tomber
dans la rhétorique piégeuse des avantages comparatifs ; pour le plus grand bonheur des sociétés de maintenance et d’exploitation des systèmes d’information
et de communication.
Nicolas Marjault, adjoint à la culture
(1) Christian SAINT-ETIENNE, Vincent PIRON, « Les partenariats public privé, leviers pour l'investissement, l'activité et l'emploi. Méthodes et exemples pratiques
pour fonder l'efficacité économique du choix public », La Documentation Française, 2006
(2) BRINDLEY Lynne, « L’expérience de la British Library », in « Culture et recherche », n°118-119, automne-hiver, 2008-2009
(3) BRINDLEY Lynne, « L’expérience de la British Library », in « Culture et recherche », n°118-119, automne-hiver, 2008-2009
(4) BRINDLEY Lynne, « L’expérience de la British Library », in « Culture et recherche », n°118-119, automne-hiver, 2008-2009
(5) BRINDLEY Lynne, « L’expérience de la British Library », in « Culture et recherche », n°118-119, automne-hiver, 2008-2009
(6) A en croire ses promoteurs, ce contrat de partenariat devait permettre d’améliorer et de développer la conception, le financement, la mise en place, l’exploitation et la maintenance d’un
système d’information assurant la gestion des publics, la billetterie, les réservations et diverses prestations associées.
(7) Le 28 mai 2008, Jean Jacques Aillagon (Président de l’établissement) s’adressait ainsi aux personnels de son Etablissement