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Jeudi 5 février 2009 4 05 02 2009 23:28

A l'heure où des vents contraires soufflent
Poser la culture comme service public n'a donc rien d'illégitime aujourd'hui encore. Et pourtant, cette porte d'entrée dans la culture se ferme lentement mais sûrement. Pourquoi ? En fait, s'il est une chose qui a profondément changé entre l'époque où Jean Vilar s'exprimait et aujourd'hui, c'est bien le contexte idéologique. Pour simplifier, disons que durant les 30 glorieuses, le keynésianisme a le vent en poupe et que durant les 30 piteuses qui succèdent à cette période faste, c'est le néolibéralisme qui triomphe. Et ce qui change ici radicalement, c'est bien la nature de la relation entre l'Etat et le marché. Dans le domaine culturel, cette évolution n'est pas sans conséquence puisqu'on est passé du " complexe de Jdanov au piège du consensus " (1) c'est-à-dire, d'un temps où la construction de " l'Etat culturel " (2) pour reprendre l'expression de Marc Fumaroli nourrissait la crainte de l'instrumentalisation de la culture par le politique à un temps (3) où les politiques culturelles sont plutôt invitées à rentrer dans le rang du labellisé, de l'évalué, du rentable (4).


Le piège du consensus
La conséquence de ce repli idéologique n'est pas sans conséquence sur l'offre culturelle elle-même : le choix de l’événementiel, du spectaculaire et du consensuel en est souvent la traduction concrète. Dans un certain sens, les petits papiers à la gloire du maître de chant des " Choristes " (Christophe Barratier, 2002) ont succédé aux plumes des oreillers éventrés de l'internat de " Zéro de conduite " (Jean Vigo, 1933). De là, à penser que le terreau idéologique d'aujourd'hui enfante plus de Christophe Barratier que de Jean Vigo...
Pour bien comprendre cela, il nous faut dire deux mots de ce " piège du consensus " (5) pour la création culturelle. Par définition, le consensus signifie " que, quelles que soient nos divergences d'idées et d'aspirations, nous percevons les mêmes choses et nous leur donnons la même signification " (6) (accord entre sens et sens, entre " mode de présentation " et " régime d'interprétation "). En se présentant comme naturel, le néolibéralisme (qui fut, à ses débuts, qualifié de " consensus de Washington ") (7) entend s'imposer comme une pensée unique. Le mot " fatalité " détermine alors le verbe " s'adapter ". Se pose alors la question non plus du rôle de la culture dans un tel contexte idéologique mais de son utilité. Quel avenir pour cet " art contestataire " que Pompidou saluait en son temps dans ce " contexte contemporain du consensus " (8) ? Quel avenir pour l'Avant-garde à l'heure où selon Rancière la possibilité même " d'un horizon dissensuel a perdu de son évidence " (9) ?

Nicolas Marjault, adjoint à la culture

(1) Leterrier Jean-Michel, " Panser ou repenser la culture ", Les Points sur les I, 2005.
(2) Fumaroli Marc, " L'Etat culturel ", 1991.
(3) Il est vrai que dès 1968, Jean Dubuffet s'était érigé contre la " police de la culture " dans un ouvrage à contextualiser " Asphyxiante culture ".
(4) Selon le député Patrick Bloche, " la Réforme Générale des Politiques Publiques marque bien l'effacement d'une politique de la culture au profit d'une culture politique, celle du résultat, de la rentabilité et de la performance. "
(5) Leterrier Jean-Michel, " Panser ou repenser la culture ", Les Points sur les I, 2005.
(6) Ranciere Jacques, " Le spectateur émancipé ", La Fabrique, 2008.
(7) Voir à ce propos, Jacques Généreux, " La dissociété ", Seuil, 2006 (p.33).
(8) Ranciere Jacques, " Le spectateur émancipé ", La Fabrique, 2008.
(9) Ranciere Jacques, " Le spectateur émancipé ", La Fabrique, 2008

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