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Mercredi 8 avril 2009

La ville de Niort, est de ces villes placée entre plus grandes qu’elles, grandes villes ou métropoles régionales qui semblent tout attirer vers elles, et ne rien laisser aux autres. Heureusement les choses ne sont pas comme toujours cela. Si les décisions aiment être centralisées- on va refaire en région ce qu’on a défait à Paris-, il reste à ces villes plus modestes (tout est relatif) l’action, le travail, et la culture, avec la nature un peu plus proche. Et si on travaille à Niort, on peut s’y cultiver aussi. C’est en tous cas le message que la nouvelle municipalité veut faire passer à qui veut bien l’entendre. Nous nous sommes entretenus avec Nicolas Marjault*, adjoint à la culture, afin de comprendre les intentions de cette ville qui parle tout haut de culture quand le pays entier parle de crise économique.


La crise est là, Niort n’est pas épargnée, et pourtant les salles se remplissent bien. Nicolas Marjault confirme mais ne se berce pas d’illusions : « Globalement il y a une tendance à l’augmentation. Mais il ne faut pas se leurrer. On peut se faire plaisir en disant que c’est parce que les gens voudraient s’évader dans un contexte morose, mais ce n’est pas suffisant. Je pense que c’est aussi parfois en raison de choix politique des collectivités locales en matière d’équipements pour les artistes et le public, de politique de prix, de choix culturels. De plus en plus de monde va dans les lieux culturels, mais il y a de vraies différences d’une ville à l’autre, ce qui n’est pas déconnecté de certains choix politiques qui ont été faits. » CQFD. A propos des conséquences de la crise, et de la réponse culturelle, Nicolas Marjault s’érige en républicain laïc : « Dans une société qui ne sait pas faire du progrès social et du partage des connaissances un objectif, la culture n’est plus un supplément d’âme, c’est une nécessité. ». Quand on l’interroge un peu plus sur cette place de la culture dans la ville, il souligne que « la politique culturelle, quand elle est menée avec certains principes forts –la coopération, le risque de l’innovation, le défi de la démocratisation culturelle- peut constituer en partie une réponse à la crise sociale. ». Tout un programme, donc ?


Mais pour agir, avant les grands principes, il faut regarder la situation locale, et apparemment, il y a du travail. « Quand on est arrivé, il y avait une offre culturelle multiple et variée digne d’intérêt. Mais elle était souvent peu visible, sous-estimée, largement méconnue pour certains secteurs. Autant il y avait des acteurs culturels, mais pas de politique culturelle. Quelques champs ont été complètement désertés que nous avons jugés prioritaires : les arts visuels (dont les arts plastiques), les arts de la rue, et les musiques actuelles, plus subies que vécues par les pouvoirs publics. Il y a avait des propositions, mais pas insérées dans un objectif commun. ». Quand l’élu a voulu se mettre au travail, il s’est senti un peu seul : avec seulement une personne, sans budget propre, la ville de Niort (60.000 habitants) n’avait tout simplement pas de service culturel. Il a donc fallu rectifier le tir : avec cinq personnes maintenant, le premier vrai budget doit être voté ces jours-ci, et les dépenses seront maîtrisées, nous rassure-t-il. Mais d’autres constats sur les négligences passées sont encore plus sévères : « Nous avions sous-estimé l’ampleur de certains besoins ; ainsi on voit bien l’événementiel, mais on voit moins le quotidien de la culture : ateliers pour les associations, bureaux, salles de travail. On s’est rendu compte que dans ce domaine, il y avait un déficit considérable ! En termes de tarification et d’accessibilité des lieux, c’est difficile pour les petites associations et les critères de subventionnement ne sont pas lisibles. »

Dans la culture, il ne faut pas oublier le patrimoine, et là, c’est la catastrophe : « Autre point que seuls les élus peuvent voir ; c’est l’étendue du désastre patrimonial de la ville : absence totale d’entretien de rénovation depuis 30 ans (...) on a découvert un Everest financier, car un ensemble de lieux a besoin d’être rénové, dans des proportions qui ne sont pas de l’ordre du coup de peinture ». Questionné sur les conséquences financières de ce poste sur l’ensemble du budget de la culture, il prévient déjà : « C’est une très mauvaise nouvelle. L’étendue des besoins est telle que ce n’est même pas pensable de pouvoir y répondre sur une seule mandature. »

En attendant, l’action concrète est lancée. Ainsi, et c’est notamment un résultat des assises de la culture initiées à l’automne dernier, une instance de concertation entre tous les acteurs culturels vient juste d’être créée. Le Camji, salle des musiques actuelles, n’est pas facile à trouver pour qui ne connait pas. Elle va donc bénéficier d’une signalisation en ville. Le Patronage Laïque, et c’est bien le moins qu’on demande à une salle de diffusion municipale, va enfin avoir une régie et des loges.


Sur les structures et acteurs culturels en place, Nicolas Marjault n’émet pas de critique et préfère rester dans son rôle. Ainsi trouve-t-il que Le Moulin du Roc, scène nationale, est critiquée à tort, car elle ne fait qu’appliquer une convention qu’elle a signée avec la ville. Il n’est d’ailleurs pas question de remettre en question son ancrage territorial. Cette convention triennale arrivant à terme en 2009, il espère bien que ce sera l’occasion de redéfinir ensemble sa place au cœur d’une politique municipale, où son budget représente plus de la moitié de celui de la culture de la ville. En face du Moulin du Roc, sur l’autre rive de la Sèvre Niortaise, s’installera le CNAR, soit le 8ème Centre National des Arts de la Rue. C’est un acte politique très volontariste ainsi manifesté par la municipalité, avec l’aide de la région et de l’état, pour une structure dont la forme juridique reste à déterminer, et qui donnera un nouvel visage à la vie culturelle locale.

Dans le domaine des musiques actuelles, les choses sont allées très vite, puisque le Printemps des Musiques Actuelles a vu le jour en ce début 2009, où « on a décidé d’être des acteurs, et de jouer à fond la coopération », incluant le festival Nouvelle(s) Scène(s) et les concerts de la Foire Exposition. Ces derniers ont été repris en régie par la ville, en espérant notamment augmenter la fréquentation. Mais dans le viseur, Nicolas Marjault cible aussi les quartiers, où le festival s’étend, et la politique tarifaire, qu’il souhaite résolument à la baisse pour le plus grand nombre. Par exemple alors qu’il faut débourser en moyenne entre 25 et plus de 30 € pour voir cet artiste, on pourra se rendre au concert d’Abd Al Malik pour un maximum de 16 € (accès à la foire inclus). Mais sur cette reprise en main des concerts de la foire, sa religion n’est pas faite, et il veut essayer une autre formule, pour voir, prêt à changer encore si ça ne marche pas. Enfin, le mois de juin verra revenir le Très Grand Conseil Mondial des Clowns. Ce choix artistique et socio-éducatif avait annoncé dés le début, et le fait qu’il soit biennal permettra au Maire, Geneviève Gaillard, de lancer son projet événementiel en alternance à partir de 2010 : un festival de la diversité biologique et culturelle. Entre les fous et les sages, belle alternance.

Maintenant, profitons de ces programmes alléchants, et pour le débat, donnons-nous rendez-vous dans quelques temps pour voir si la ville de Niort a gagné le pari de la révolution culturelle...

 

Vincent Degeorge

 

*Nicolas Marjault a 35 ans, il est professeur d’histoire-géographie et d’histoire de l’art en lycée. Il a fait beaucoup de théâtre et dirigé une troupe de théâtre à la fin des années 90, et est grand amateur de Blues.

 

 

Article paru dans le magazine culturel « Détours et des nuits », édition Poitou-Charentes, et reproduit sur ce blog avec l'aimable autorisation de Vincent Degeorge, le directeur de la publication du magazine.
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